À propos


Les musées utilisent souvent ce dispositif qu’est la period room pour reconstituer des intérieurs caractéristiques d’une période historique. Ayant vu le jour au XIXe siècle, cette pratique a des visées autant archéologiques que pédagogiques, c’est-à-dire qu’elle vise la reproduction d’intérieurs à partir des vestiges matériels qui en ont subsisté tout en transmettant des connaissances à leur sujet. Elle offre aussi à voir les caractéristiques stylistiques propres à des époques et à des courants donnés – Renaissance, classicisme, période victorienne, orientalisme, rocaille, etc. – tout en faisant figurer divers artefacts pour créer l’illusion d’un intérieur typique où auraient vraisemblablement vécu des individus. La period room est d’ailleurs en usage dans plusieurs musées et lieux d’interprétation à vocation historique de Montréal. Or, la reconstitution dont elle procède ne repose pas tant sur les principes d’authenticité ou d’originalité – les ensembles d’objets et de boiseries présentés ne sont pas toujours d’origine – que sur cette idée d’exposer des épisodes illustres de l’histoire à la manière d’arrêts sur image.

Exposer l’image immédiate d’une époque lointaine repose sur ce fantasme d’encapsuler le temps, de le suspendre, pour y accéder à partir du présent, anachroniquement. Cependant, les histoires qui découlent de cette « machine » à voyager dans le temps, organisée en « périodes » ou en « époques », sont assez souvent abstraites. Que nous révèlent ce salon victorien, cette salle de Nantes, ce fumoir à l’orientale, ce cabinet de travail, cet atelier d’artiste, cette ancienne chapelle, ces expositions reconstituées ? Ce dispositif de représentation fascine pourtant, surgissant de manière si familière tout en demeurant invraisemblable, cela sans doute parce que la period room est éternellement figée dans un passé désormais inaccessible, impossible à rétablir intégralement.

Des histoires y sont tout de même énoncées sous la forme de récits institutionnels, bien que ceux-ci demeurent ancrés dans un imaginaire, dans une vision du passé forcément partielle et partiale. Dans les musées montréalais, on reconstitue et préserve les intérieurs où vivaient et travaillaient des personnalités marquantes de l’histoire du Québec et du Canada : les industriels Oscar et Marius Dufresne, le gouverneur Claude de Ramezay, le frère André, le politicien George-Étienne Cartier, le plasticien Guido Molinari et le groupe des artistes automatistes. Pour en rendre compte, l’exposition de la period room est assez souvent accompagnée de matériel didactique composé de textes et de documentation, voire commentée à travers des visites guidées, qui contribuent à contextualiser l’histoire des ensembles montrés.

En revanche, il est rare que les institutions accordent de l’attention au matériau sonore – composition musicale, enregistrements historiques, voix hors champ, sons d’ambiance, habillement sonore, etc. – qui pourrait générer des expériences inédites. Pourtant, le son possède cette capacité de modifier notre perception visuelle de l’espace et de situer le spectateur dans différents lieux, récits ou niveaux de réalité. Tout le défi est donc, pour les artistes et les musées associés au présent projet, de concevoir et d’exposer des interventions artistiques ayant comme point de départ l’expérimentation sonore. Celles-ci seront complétées par des performances, des œuvres picturales, des installations et des reconstitutions qui nous permettront de redécouvrir la period room depuis des perspectives inattendues.

Marie J. Jean